La télésérie animée The Simpsons a remporté un vif succès dans le monde Anglo-Saxon tout au long des années 1990. On a traduit cette télésérie en plusieurs langues, dont le français, pour lequel il existe deux doublages différents, un en France et un au Québec. La comparaison des deux doublages permet d’observer les différences dans la construction de l’identité entre la France et le Québec.

Le doublage a été peu étudié depuis son apparition au temps des premiers films parlants. Il s’agit pourtant d’une des formes de traduction les plus accessibles et dont la consommation est plus élevée que les traduction écrites. De plus, la traduction est un lieu idéal pour étudier la façon dont une culture interagit avec une culture étrangère. Dans le cas de The Simpsons, le doublage est influencé par les positions impérialiste et défensive de la France et du Québec respectivement. Par l’analyse du doublage français et québécois de trois épisodes de The Simpsons, on découvre que l’appropriation culturelle joue principalement sur deux tableaux, l’appareil connotatif et l’usage de la langue.

Dans les deux traductions, les éléments étrangers sont adaptés ou occultés. Dans la version française, les termes culinaires sont adaptés à la cuisine française, les noms de lieux sont neutralisés, et certains noms de personnages sont remplacés par des termes génériques. La priorité est de restituer l’humour de premier degré. Dans le doublage québécois, les noms de lieux sont également neutralisés et les noms de personnalités célèbres des États-Unis sont remplacés par des noms de personnalités propres à la culture québécoise. La priorité est la récupération de l’appareil connotatif.

Dans le doublage français, tous les personnages parlent le français, ne présentant pas de variantes dialectales; les personnages de couleur ont des accents, même si dans certains cas l’original ne présente pas cette caractéristique. Dans le doublage québécois, c’est le français québécois qui est utilisé par les personnages illettrés ou les couches populaires. Le français standard est maintenu pour les personnages de l’élite, tandis que les personnages «étrangers» parlent français québécois avec un accent différent. De plus, la télésérie animée étant perçue avant tout comme une émission pour enfants, le vocabulaire et le discours subversifs sont atténués. En définitive, le doublage sert d’écran entre deux cultures, et assume donc la position défensive. Il est aussi un puissant outil d’uniformisation de la langue orale dans les deux cultures.