mai 03, 2005
{~} Liberté de paresse {~}

Aujourd'hui, 3 mai, c'était semble-t-il la Journée internationale de la liberté de la presse. Comme pour un grand nombre d'autres "Journée internationale de", je suis quelque peu ambivalent à embarquer tout de go dans cette allégresse qui me semble en fin de compte un tantinet forcée.
Je veux dire, on a la Journée internationale des femmes (marquée cette année par des violences en Turquie contre des madames), la Journée internationale des travailleurs (prise d'assaut par des anars qui cassent tout...) et on a même la Journée internationale de la femme enceinte (oui oui je vous jure)!

N'a-t-on pas idée que de disperser ces célébrations ont pour effet de diluer leur impact? Ne serait-il pas mieux de faire une semaine où on célèbre des aspects positifs de notre société progressiste? De mon côté, il y a cette petite voix anti-hypocrite qui me titille l'oreille interne, me rappelant que même ici, chez nous et chez nos voisins méridionaux si épris de "liberté" qu'ils vont démolir des maisons et tuer des gens dans d'autre pays pour s'assurer qu'elle se répande partout, la presse est vendue. La presse est une péripatéticienne qui fait monter les enchères. La nouvelle n'est que du remplissage pour la pub. La pub attire le regard et la nouvelle détourne l'attention - C'est comme Musique Plus. Le placement de produit occupe plus d'espace que la musique - et les journalistes construisent la nouvelle (quand on dit qu'on "fait" la nouvelle c'est dans plusieurs sens du terme). On ne parle de ce qui intéresse les gens. On ne veut pas intéresser les gens. On peut tuer la nouvelle lorsqu'elle est dangereuse, si on ne peut pas tuer le journaliste (ou le média... et là je ne parle même pas de CHOI et de ses agents de provocation professionelle. Ils ont déjà suffisamment de pub comme ça). Les gens sont tellement rendus engourdis d'info qu'il faut les "choquer" à chaque fois.

Quand les lecteurs et lectrices de nouvelles ont tous le même ton et le même débit, le même type de présentation (quand ce n'est pas le même type de coiffure) on se demande où est la variété et surtout cette sacro-sainte liberté de choisir. Oui, j'ai 89 sortes de croustilles, merveilleux... mais si je veux pas manger des croustilles, je fais quoi?

Je ne me souviens plus qui a dit que la meilleure propagande ne se remarque même pas mais j'ai l'impression qu'en ce moment même, je ne fait que mal digérer cette propagande qu'on nous sert chaque jour ad nauseam partout sur nos médias. Si ce sont des individus très riche qui possèdent la majorité des quotidiens et des médias, que penser des entreprises très riches qui paient pour de la pub dans des médias?

Oui, on n'envoie pas nos journalistes en prison lorsqu'ils parlent contre le gouvernement comme au Zimbabwe. Non, ils ne se font pas tabasser dans la rue par des néo-nazis comme en Russie.

Mais la liberté de presse devient la liberté de paresse lorsqu'on laisse des "journalistes" comme Claude Picher ne citer qu'une seule étude pour étayer ses arguments, quand on laisse des lecteurs de nouvelles faire de l'éditorial ou du product placement en ondes.

J'aurais bien aimé célébrer la journée internationale de la liberté de presse mais je ne vois pas de quoi célébrer. Souligner qu'elle est fragile, oui. Célébrer? Nenni.

Posted by phonono at mai 03, 2005 11:59 PM
Comments

Je suis tout à fait d'accord avec toi ! Dans les journaux, par exemple, plusieurs rédacteurs en chef construisent leur maquette à partir des pubs vendues. Ils placent les pubs et ensuite, ils comblent les petits espaces vides avec des textes qu'ils ont coupé au maximum pour que ça rentre. J'ai travaillé pour un journal et je suis partie en claquant la porte parce que le rédacteur en chef, qui n'a aucun jugement éditorial, aucune opinion, aucune culture, retravaillait mes textes en y mettant une tonne de fautes et de fausses informations. Il disait que le monde ne regarde pas ça, les fautes. Il mettait des orignaux et des motos en première page même si un événement majeur culturel pouvait se passer. Ce n'est qu'un extrait de tout ce qui peut se passer chez les disciples de Quebecor. Ceux qui travaillent pour Québécor en plus osent se donner le titre de journalistes. Quand tu ne prends que des photos de patates en forme de coeur, t'es crissement pas journaliste. Je viens de perdre ma job et laisse-moi te dire que je préfère mendier que d'écrire des textes insignifiants pou reux. Enfin, les journalistes qui ont une rigueur et une curiosité intellectuelle sont peu nombreux. Même tout ce monde aime bien péter de la broue et se vanter de leur standing. Grrr...

Posted by: M on mai 4, 2005 08:43 AM

Oups ! Mais tout ce monde et non Même.

Posted by: M on mai 4, 2005 08:47 AM
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