Premier véritable album studio de ce quatuor composé de Ian Williams à la guitare (ex-Don Caballero), John Stainier à la batterie (ex-Helmet), de à la basse (ex-Lynx) et de Tyondai Braxton aux vocalises et aux machines, Battles continue dans la veine du post-rock progressif entamée avec les deux précédents EP, intitulés simplement EP B et EP C.
Des les premiers instants du disque, nous sommes propulsés par le jeu de batterie épileptique de Stainier, jusqu'ici semblables à ce que nous avaient donné le groupe, par exemple sur Dance, de Tras EP. Cependant, c'est sur la première pièce que Battles introduit une "innovation" qui reviendra tout le long de l'album. En effet, Tyondai Braxton fait des vocalises sans paroles, assez harmonieuses, élément non présent sur aucune composition de Battles jusqu'ici.
Un des moments forts de l'album est sans conteste Atlas, dont l'étiquette Warp a eu la bonne idée de publier en EP quelques mois avant la sortie officielle de l'album, une pièce carrément dansante dont la rythmique métronomique appuie d'une redoutable efficacité les nombreux éclairs de guitare, de vocalises d'extraterrestres et autres bidouillages électroniques. Peu de pièces, dans l'histoire du rock, ont pu ratisser aussi large sans faire sourciller l'auditeur.
Ddiamond revient au post-rock progressif moins atypique, les musiciens s'en donnant audiblement à coeur joie en mêlant handclaps, basse électronique, sifflements et riffs de guitare distorsionnée, le tout mêlée à une frénésie de tambourinage digne de Emerson, Lake & Palmer.
Avec Tonto, le groupe revient à une atmosphère plus tranquille, plus typiquement post-rock, malgré les petites vocalises tordues agrammaticales. Ici, le jeu de guitare de Braxton et Wiliams forme le principal dialogue, trempant parfois dans l'acid-jazz, là où les cuivres se seraient donnés la réplique. L'auditeur a amplement le temps, dans le huit minutes de cette pièce, d'apprécier tous les talents des musiciens sur plusieurs plans.
Leyendecker campe quant à elle le groupe dans un univers presque trip-hop, où on réussit à accepter les vocalises d'extra-terrestre sur des textures de guitares éparses et effilochées. Cette interlude passée, Battles caracole ensuite, avec Rainbow, sur une suite de faux crescendos multiples, entrecoupées d'enfilades rappellant une fois de plus Emerson Lake & Palmer ou Yes à ses meilleurs jours. E son milieu, la pièce repart à zéro, mêlant ensuite violence rythmique et guitaristique (riffs acérés extrêmements courts) pour terminer sur vocalises un peu plus intelligibles .
Bad Trails offre quant à elle le côté foncièrement électronique du groupe, avec lignes de guitares un peu plus éthérées, faisant évoluer l'auditeur dans une jungle peuplées de bips, de clinquements et de froissements numérisés. Prismism représente un petit interlude accompagnant Snare Hanger, la pièce la plus déjantée de l'album., avec batterie, guitares et claviers propulsant une sorte de post-hardcore cosmique digne de Chrome et Helios Creed. Tij démarre avec une rythmique de guitares et de halètements martelés métronomiques jusqu'à ce que la batterie de Stainier viennent catapulter l'ensemble dans une série de contrepoints et de riffs acérés, pour finir avec des halètements syncopés. Race: Out reprend une structure de Leyendecker mais en la distendant de manière à obtenir une pièce beaucoup plus atmosphérique.
En somme, Mirrored représente la quintessence du retour au rock progressif qu imarque le post-rock, soit la tentative toujours plus hardie de décontextualiser la tradition en la désincarnant complètement.