July 15, 2006

{~} Earplugz .:. Les Pistolets Roses - Sans foi ni loi {~}

Deux ans après la sortie de leur premier album, le groupe-phare de la défunte association GeneX/CHOI fm qui gueula le slogan "Liberté" lors du festival éponyme semble maintenant vouloir montrer son côté plus "mûr", avec, selon ce que l'on s'est fait dire, un répertoire plus "assuré" et quelques ballades.

Le disque démarre avec "Que tombent les rois", un punk rock suranné abondant de fausses rimes et de leitmotivs du groupe (le gouvernement est menteur, vive la liberté, il y a trop de lois, on fait ce qu'on veut, on va s'occuper de tout chambarder, venez nous rejoindre on va avoir du fun en même temps). Cette pièce donne donc le ton de tout l'album, soit celui d'une bande de trentenaires adolescents attardés qui n'ont pas su (ou pu) évoluer, car on ne constate ici aucune évolution par rapport au premier album, déjà très médiocre.

Grossière indécence continue la litanie, il paraît qu'il y a un clip pour l'appuyer et ce serait logique puisque c'est une chanson très radio-friendly avec son lot de na-na-na-na beatlesques. On voit que la créativité n'a pas été le fort du groupe pour l'album précédent et que ça ne l'est pas plus pour cet album.

Avec la troisième chanson, Peur de rien nous montre les Pistolets entamer un nouveau paradigme : le hard-rock des années 1980, grâce à un ton quasi Def Leppard à la guitare principale (rappellant à la fois Pyromania et High n'Dry.

Pour Je suis fou, une tentative extrêmement maladroite de récupérer les textures de Bad Religion ainsi que des autres groupes des premières influences de l'ex-guitariste de Pénélope, mais pour faire du punk-pop il faut des 'chops' et pour cette chanson, les Pistolets n'en ont pas.

On approche le fond du baril avec la power-ballad Antony, qui démarre sur un riff de guitare acoustique piqué sans vergogne de l'intro de Welcome Home/Sanitarium de Metallica. Ça dégénère encore plus par des glissandos que Edge aurait pas renié, mais le fond est véritablement touché avec Le printemps frappe, une chanson entièrement acoustique, folk/country vantant les mérites de la campagne. Le ton guilleret pourrait avoir été pris au second degré mais les filets de voix en back vocal et la constance des paroles nous fait comprendre que le groupe assume finalement sa vraie nature, celui d'un groupe country-rock du même acabit (et aussi fade) que Noir Silence, mais en moins jeune et en moins mignon.

On revient dans le punk-pop avec Le roi des fumiers, histoire de ramener un peu d'humour dans cette soudaine trop grande prise au sérieux; le pattern pourrait être évident : les chansons sérieuses sont lentes, acoustiques et "travaillés"; les chansons pipi-caca-poil sont rapides, distorsionnées et "bâclées". *bâille* La preuve, une autre power-ballad vient contrebalancer l'envolée précédente, avec une litanie sur "la société décrissée" dans laquelle on vit, mais pourtant la suivante Seul maître à bord, digne du power metal de troisième ordre des années 1980 (Pretty Maids, par exemple) déborde d'indignation qui frise le ridicule à un rythme effréné, pour se briser sur une mauvaise interlude de guitare.

Finalement, après des chansons aux riffs archi-éculés et des paroles vides de poésie comme Le bonheur ("le bonheur c'est-tu kekpart, au sud au nord, c'est-tu de la marde, c'est-tu kekun, c'est-tu ketchose ou ben une joke") ou les insignifiantes Ma truie (une autre ode à la campagne?) et l'affreusement plate Le jour et la nuit on se demande comment le groupe a réussi à passer à la radio, outre que par les mécanismes des quotas. Alors on regarde le disque et on se rend compte qu'ils sont non seulement poussés par une maison de disque mais aussi qu'ils sont subventionnés par deux paliers de gouvernements (fédéral et provincial)...

Le titre Sans foi ni loi devient un espèce de manifeste hypocrite si on tient compte des infos sur le CD lui-même et de la propension des Pistolets à suivre avec rigidité les lois maintenant bien établies du business de la musique.

Pour autant de médiocrité musicale, oserais-je pour la première fois accorder une note de 0 à un artiste?

Eh oui. phononote : 0/12

Posted by phonono at 07:58 AM

July 14, 2006

{~} Earplugz .:. Bazou - Baby-Boomers {~}

Avec un an de retard, j'ai enfin le temps de m'étendre sur un drôle d'oiseau dans le paysage musical québécois, un oiseau qui, sans avoir un ramage époustouflant ou une structure de chant ultra-compliquée, nous offre un peu de répit parmi le roucoulement des pigeons bizarres comme Malajube, qu'on veut nous vendre comme des oiseaux rares, ou le tumulte agaçant et trop répandu des étourneaux sansonnets comme Simple Plan, qui ne font que copier maladroitement ad nauseam les cris des mainates bronzés et autres blackbirds des régions plus au Sud.

Bazou démarre son train train de colère bouillonnante de trentenaire en crise avec un "fashion statement", Être cé hautes cé in, non pas une prise de position vestimentaire mais un manifeste sur la quasi-absence de vêtements chez la gent féminine. Au-delà de cette critique sociale, la mélodie du flot de paroles créé un effet hypnotique plutôt intriguant et même accrocheur, surtout au milieu de la pièce.

Cette entrée en matière est mitigée par une tentative plutôt maladroite de s'approprier deux traditions musicales héritées des années fin 1980-début 1990 le mélange funk/métal à la Red Hot Chili Peppers et le hard rock vaguement bluesé recontextualisé par les émules de Black Sabbath et Led Zeppelin. Les harmonies vocales sont le maillon faible de la pièce, surtout qu'elles viennent briser le punch amorcé par la première chanson. Le solo de guitare est vraiment superflu.

Avec Fond d'ruel, où le vocaliste puise dans son passé personnel pour régler ses comptes, un mélange plus heureux de rocksteady et de powerpop, mâtiné de guitare acoustique entrecoupée de riffs saccadés donne un meilleur espoir pour le reste de l'album. Même histoire pour C'est pas de ta faute, où un jeu de batterie inventif et des riffs où enfin on entend une basse un peu mieux modulée avec le reste de l'ensemble musical.

Garçonnière détonne légèrement du reste avec un début un peu pop-punk genre vieux Bad Religion pour reprendre les mêmes motifs que les deux pièces précédentes et s'enfoncer dans une litanie du genre Daran et les Chaises. Encore là la batterie sauve la mise... et le solo de guitare est de trop...

Squeegee Man est malheureusement un autre point faible. Une ballade vaguement inspirée des doo-wop des années 1950 avec beaucoup de distorsions. Il est malheureusement difficile de dire si l'effet comique (ironique en fait) est intentionnel ou pas. Baby-Boomers remonte la tension d'un cran, avec un son plus foncièrement grungy, raccourcie juste ce qu'il faut pour porter la fureur surannée du vocaliste.

Avec Droit d'parole, Bazou atteint (enfin) son zénith et ce qui pourrait bien être leur chef d'oeuvre jusqu'ici. Tous les éléments qui font la force du groupe se retrouvent dans cettte chanson, bien équilibrés et bien dosés. Bazou montre de quoi il est capable, soit de mêler riffs accrocheurs, batterie juste ce qu'il faut de modulé et solo de guitare pas trop en méandres. Si le prochain disque est de cette trempe, Bazou pourra se hisser parmi les grands du rock québécois.

Malheureusement, Don't Save Me, sempiternelle diatribe sur la religion, ramène au ras de paquerêttes et désintéresse l'auditeur avec un power pop très dépassé (Afghan Whigs mais sans les 'hooks' ?).

Donc, en tout Bazou est prometteur malgré un album inégal et quelques mauvaises habitudes de groupes rock québécois (difficulté à garder ou trouver un groove, faire ce qui se fait déjà pour se faire accepter). Par contre, il mérite amplement une note honorable pour un premier album.

phononote : 6,5 sur 10

Posted by phonono at 10:43 PM | Comments (2)