May 29, 2005

{~} EarPlugz .:. Mara Tremblay - Les nouvelles lunes {~}

L'égérie du néo-country urbain nous avait fait grâce de ses aventures musicales jusqu'en ce printemps de 2005. Voilà que Mara, maintenant rendue un peu plus meudame que midinette, plus maman que fanfan, nous propose un rendez-vous avec un côté plus 'soft' de sa personnalité. On m'avait averti que la "studio gimmickry" était au rendez-vous mais Mme Tremblay n'aurait pas plus mal tomber.

Avant que je me lance dans la critique de son nouvel opus, sachez que le problème principal avec Mara Tremblay, élément qui revient à chaque fois qu'elle fait irruption dans une conversation à propos de musique "québécoise", c'est sa voix. Mara est une excellente musicienne. Tous les instruments à cordes qu'elle joue, elle les joue très bien. Avec un violon, une mandoline, une guitare ou un banjo (je sais pas pour ce dernier, mais j'imagine) Mara est une artiste hors pair. Elle brillait dans les Frères à ch'val, a agrémenté les sonorités des Colocs et pimenté les soirées des Maringouins et, seule, elle fait du bon boulot sur la six-cordes... non le problème c'est lorsqu'elle décide de vocaliser. Les méchantes langues diront qu'elle chante mal, moi je dirais seulement qu'elle a une gamme un peu réduite. Pour Le chihuahua et même Papillons, le ton nasillard et toujours un peu à côté se mariait honnêtement aux minauderies et aux chansonnettes un tantinet goguenardes.

Pour Les nouvelles lunes, Mara a malheureusement tombé dans le piège du "fettering"; grâce à la magie du studio, sa voix devient douce complainte, une surette enrobée de nombreuses couches de caramel, de sucre et de miel stéréophonique. On se retrouve avec l'envie de poser la question "Où est donc passée Mara Tremblay?" mais surtout la désagréable impression que Mara annonce à tout le monde "oui, oui, j'ai pas une belle voix mais là ça va être vraiment super..." ce qui est bien dommage.
Par exemple, pour la pièce Les démons, la voix de Mara est tellement travaillée en studio qu'on croirait presque entendre Marie-Michèle Desrosiers. Sur La tranquilité, la voix de Mara suit les lignes de piano, ce qui aurait pu donner un effet intéressant mais il y a tellement d'écho que ça gâche le résultat. Pour Tu es là, une pièce davantage country, on retrouve un peu le genre de vocalise qui s'approche de la signature Mara, mais les choeurs viennent brouiller la sauce. L'eau de tes larmes est tellement sirupeuse, je ne serais pas surpris si quelqu'un me dirait l'avoir entendue dans un poste comme Cité Rock Détente. Mais la plus atroce est sans conteste Les vieux sentiers, où Mara Tremblay s'est définitivement éloignée de Patti Smith et Kristin Hersh pour se retrouver dans le terrain défriché jusqu'à la roche par Mireille Mathieu. Le choeur d'église vient planter le dernier pieu dans ce zombi musical, histoire de bien nous rappeler que c'est effectivement une horreur.
Heureusement, Mara se rachète un peu en nous envoyant une ballade country potable comme Poussières, une minauderie apprêtée à la typiquement Mara, Douce Lueur, et une pièce plus éthérée qui vogue dans les mêmes eaux que le navire majestueux Taïma lancé le printemps dernier.

Même dans l'instrumentation, les petites pointes "d'innovations" deviennent des agacements qui nous inspirent à arrêter le rayon laser de lire cette galette.
La timbale dans Les démons, la trompette dans Tu es là, le solo de violon qui ressemble à un solo de guitare dans L'eau de tes larmes... le plat qu'on nous a cuisiné est non seulement fade et re-réchauffé mais les épices ont été mal dosées.
L'on ne peut finalement se rabattre que sur Le voyage, la seule pièce instrumentale du disque, pour nous offrir enfin quelque chose de gratifiant pour les oreilles, une morceau vaguement d'ambiance chinoise qui n'est pas sans rappeler la pièce Mao Reminisces About His Days de Camper Van Beethoven, sur l'album Telephone Landslide Victory (paru il y a 20 ans déjà...)

Si Mara pouvait nous donner un album au complet de pièces instrumentales comme celles-là, alors là, il y aurait de quoi ouvrir grand ses oreilles. Mais au lieu de cela, l'artiste est devenue matante comme des tas d'autres chanteuses québécoises avant elle.

phononote : 4 / 10

Posted by phonono at 10:16 PM | Comments (1)

{~} EarPlugz .:. M.I.A. - Arular {~}

À force d'en entendre parler, on finit par se dire qu'il faudrait bien essayer. C'est donc plutôt pour vérifier si tout le brouhaha en valait vraiment le détour que par véritable curosité que j'ai décidé de me lancer dans l'écoute du premier album de Maya Arulpragasam (a.k.a M.I.A.), cette Londonienne d'origine sri-lankaise que certains ont déjà nommé révélation de l'année ou chanteuse pop du futur. Comme ces déclarations à l'envolée s'avèrent souvent des pétards mouillés, je me suis dit qu'il fallait que j'écoute longuement le dit CD de miss Arulpragasam avant de me prononcer.

M.I.A. est d'abord et avant tout le fruit d'une campagne publicitaire bien orchestrée (mieux orchestrée que le disque en tout cas) doublé d'un savant cocktail aux vertues réputées explosives entre une arriviste fille de Tamil Tiger et un sonorarchitecte British très en vogue. Maya mijote ses idées depuis un bout de temps et vivre à Londres lui a sûrement secoué un tant soit peu les tympans.

M.I.A. c'est ensuite et surtout, musicalement, une mixture de pop mâtinée d'influences diverses, un fatras d'épices sensées nous faire oublier que le fond, l'arrière-goût parfois, est en réalité du Madonna version Brown Power.
Forte du succès de ses simples, M.I.A. n'a pas attendu que la poussière retombe pour publier un disque, et Arular est le titre de cette première oeuvre.

D'emblée, le phrasé de Maya, pour la plupart des pièces, doit certainement sa part de charme au fait qu'elle utilise un slang non-nordaméricain, ce qui ne peut manquer de dérouter certains, à l'instar de Dizzee Rascal, l'instigateur du grime et autre coqueluche brit de l'heure. Mais la musique créée par le vocabulaire et la syntaxe carrément syncopés de Maya est à elle seule l'élément fondamental qui la démarque du lot de prestivocabulateurs de l'hip-pop.

C'est donc une bonne chose que quelques skits ponctuent l'album, histoire de reposer l'auditeur en attendant le big beat des morceaux principaux.
Pull Up The People démarre honorablement le tout, tirade politique (anti-pauvreté et surtout enjoignant l'empowerment du Tiers Monde) où elle étale sans ambages son programme : post-féminisme appuyé de sonorités modernes jamaïcaines, funky et électro produites impeccablement.

La pièce Bucky Done Gun est par contre beaucoup plus efficaces, grâce à un rythme 80's synth pop bien structuré et interrompu adéquatement de morceaux de fanfare, M.I.A. jouant la majorette annonçant le nouveau pop politique.
Fire Fire est la pièce qui aurait bien pu figurer sur un disque de Janet Jackson si mam'zelle JJ avait été londonienne. Les hardbeats puissants sont accompagnés de riffs de synthés criants pendant que M.I.A. emprunte un phrasé plus ragga.
Freedom Skit, avec ses attaques de Space Invaders brise le rythme mais nous prépare pour Amazon, encore plus ancrée dans le hiphop féminin de la fin des années 1980 (Salt'n'Pepa serait peut-être la référence) cependant qu'elle décante sa formule (oui, on commence à comprendre Maya, tu t'appelles M.I.A. et tu veux changer le monde).
Bingo, plus caribéenne dans l'instrumentation, malgré des électroniques un peu plus agressives, est beaucoup plus réussie et son rythme quasi-reggae se marie mieux avec son phrasé davantage langoureux. Voilà un terrain sur lequel M.I.A. sait bien jouer.
Hombre est aussi efficace car on entend enfin (peu longuement) une orchestration est davantage d'influence indienne. La cadence et la déclaration d'envie (en espagnol et en anglais) grivoise ponctuée de vocalises sont plutôt quelconques. Des pièces davantage de cet acabit (orchestration variée) seraient tout de même les bienvenues.
10 Dollar démarre avec un riff de beat-box digne des chansons de Whitney Houston, pour laisser Maya entrer en éruption de "oh-hey-hey" et faire quelques phrasés faussement plaignards noyant quelque peu le propos.
À mesure qu'on avance dans Sunshowers, une pièce pro-terroriste, on comprend de moins en moins la popularité de M.I.A. puisqu'il s'agit d'une autre variation sur le même thème. Si on en est à la onzième chanson et qu'on a une impression de déjà vu, ça augure mal pour la carrière de madame Arulpragasam...

Heureusement Galang Galang (déjà sortie en simple l'an dernier) plus agressive et surtout plus longue, offre un avant-goût de ce que cette gourmande de multisonorités et de polyethnisme est capable, c'est-à-dire des rythmes électroniques endiablés enracinés dans un limon richement fertilisé par un apport de tous bords tous côtés. Malheureusement, une bonne partie du disque n'est que du remplissage et M.I.A. n'arrive pas à la cheville de Public Enemy en ce qui concerne le agit/hip/pop. Au moins elle a l'honnêteté de déclarer qu'elle n'invente rien.

phononote : 8/ 13

Posted by phonono at 09:41 PM