:: Déviations liturgiques
On a découvert que l'humain, lorsque la vie quitte son corps, perd ses sens un à un; le dernier qui nous reste avant que la dernière étincelle de vie ne quitte le corps est l'ouïe. Dans ce cas, j'aimerais que la dernière musique que j'entende avant de quitter ce monde soit Sigur Rós. Le groupe islandais fait une musique si apaisante, je ne crois pas connaître beaucoup d'autres groupes de musique moderne capables d'émouvoir de cette façon. Nos quatre compères ont quant à moi réussi à récupérer l'esprit que Pink Floyd a perdu aux alentours de 1973, à la sortie de Dark Side of The Moon.
Mais revenons au disque, svigar (c'est le mot islandais pour "parenthèses"). Je ne crois pas en une réelle compréhension du disque sans sa recontextualisation par rapport aux autres disques. Sigur Rós a décidé de délaisser complètement les distorsions post-rock présentes sur Von et encore audibles sur Agaetis Byrjun. Batterie, basse et guitares dissonantes sont donc encore plus discrètes, laissant presque tout l'espace de ce disque à l'aspect liturgique. Chaque chanson est une litanie récitée pour invoquer mélancolie et bonheur tout à la fois, quoique les éléments sont dosés différement entre la première et la deuxième partie de l'album.
Cet aspect liturgique est un point positif de l'album qui s'écoute comme un tout, du début à la fin, plutôt que comme une série de chansons indépendantes l'une de l'autre. Malheureusement, ça commence à sentir la formule. Le problème avec les groupes de la génération "post-postrock", c'est qu'ils souffrent vite d'essoufflement. Prenez godspeed you black emperor! par exemple. On est transporté de joie par leurs orechestrations cinématiques mais après la 4e chanson, on se lasse et on comprend que c'est une coquille vide. Qu'en fait, c'est la même structure, à quelques notes près (ou plusieurs notes, mais allez donc savoir dans tout ce chaos). Avec (), Sigur Ros se concentre sur un seul aspect de sa musique, donc, à moins d'apprécier l'idée de deux longues chansons de 36 minutes, on se lasse... Surtout que l'atmosphère mélancolique généralisée ne nous aide pas à vouloir reprendre l'album du début et réécouter...
Cela dit, le disque n'est pas entièrement mauvais, la septième pièce m'a fait pleurer (en concert aussi) et la beauté de l'instrumentation (les cordes sont géniales) est certainement un bijou parmi cette éléctronisation généralisée, et les voix éthérées continuent de provoquer ces mêmes frissons ressentis à l'écoute de Von et Agaetis Byrjun... Ce que l'album a de plus fort cependant, et il faut y concentrer toute son énergie émotive d'auditeur, c'est l'abandon total du psyché à ce que chaque pièce peut évoquer. Je crois que c'est dans cette direction que le groupe veut nous envoyer en intitulant l'album (). On laisse notre imagination remplir ce blanc, remplir le vide du livret et le vide laissé par l'absence de paroles.
phononote : {~~~~} ou 5/8
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