:: Tout vient à point à qui sait attendre
Le quatuor de GVSB a été, comme tant d'autres artistes des années 1990, avalé et recraché, accaparé puis jeté comme une vieille chaussette, par les géants de l'industrie du disque. Nos quatre compères allaient-ils survivre à leur passage chez Geffen, dont un des membres disait, un an avant la parution de Freak*On*Ica, qu'ils en étaient "cyniquement optimistes"? Comment revenir aux sources sans pour autant retourner en arrière? Il s'agissait pour le groupe de prouver que l'endurance est une grande vertu lorsqu'on est un artiste qui se respecte et qui sait se faire respecter.
Quatre ans presque jour pour jour après la sortie de leur premier et unique album avec une maison de disque multinationale, produit par un des grands noms du post-punk apocalyptique, voilà Eli, Scott, Alexis et Johnny de retour dans le caniveau. Retour chez les "indies", rebonjour Ted Niceley...
Comme avec JSBX (Jon Spencer Blues Explosion, pour les intimes) un hiatus de quatre années est une longue période d'attente, par contre, l'avantage de GVSB sur JSBX, c'est que GVSB ont développé un style de musique bien à eux (deux basses, une guitare, batterie, claviers, un chant rauque, cri chuchotant) alors que JSBX n'a fait qu'extrapoler et recontextualiser le blues et le r&b.
Résultat, on a avec You Can't Fight un album qui nous ramène le bon vieux GVSB du temps de Cruise Yourself, tandis que le même souffle novateur de Freak*On*Ica entre dans nos oreilles. L'amorce, Basstation, nous tire de notre torpeur post-InternetCraze et nous annonce que nos fesses vont avoir envie de bouger et que nos pieds vont s'endiabler. La simplicité des morceaux et leur pesanteur, si caractéristique de GVSB, nous saisit et on en veut plus. Ça tombe bien, la deuxième (All the Rage) et la quatrième (Tweaker) pièce nous en donnent pour notre argent, as they say in L.A. Eli Janney passe toujours de la basse aux claviers sans crier gare, mais on s'en fout, les deux se mélangent si bien au cocktail concocté par nos conspirateurs de la concupiscence que l'adrénaline s'amène dans notre bassin et c'est maintenant lui qui nous guide. Les seules ombres au tableau sont la quasi absence des vocalises de Janney, dont les notes en falsetto faisaient souvent contrepoids à la voix gravelée de McCloud. Miami Skyline nous donne à penser qu'il existe bel et bien un léger essouflement chez GVSB mais Resonance nous ramène immédiatement du sang dans les artères, les deux basses forçant un afflux colossal aux capillaires des tympans. La guitare de McCloud est plus acérée mais aussi plus travaillée. Kicking the Lights et One Perfect Thing donnent l'impression que la distorsion est la seule solution mais les chansons comme Let It Breathe, évoquant la douceur de Glazed-Eye (sur Cruise Yourself) et autres Sharkmeat, nous rappellent que GVSB a un côté velouté, pas assez exploré. Il ne reste de l'aventure chez les "majors" qu'une chanson coup-de-poing: One Perfect Thing.
Les chevaliers du hardcore apocalyptico-sensuel ont réussi à tirer leur épingle du jeu, ils ont réussi aussi à ne pas demeurer amers de leur mauvaise expérience et de leur combat avec le géant G... "It's great to be a rock'n'roll star, no matter where you are".
phononote : {~~~~} ou 7/11
Écoutez Kicking the Lights (mp3) sur le site de Jade Tree
Site web de Girls Against Boys
Site web de Jade Tree
:: Faire fleurir au-delà des horizons
Fini l'époque où le terme mongol évoquait soit une horde de barbares assoiffés de sang terrorisant la civilisation du haut de leurs montures infatigables, soit le signe d'une déficience mentale et physique causée par une carence génétique. La réhabilitation de ce géant de l'histoire qu'est Gengis Khan, le plus grand conquérant de tous les temps, vu maintenant comme un leader ouvert d'esprit et tolérant ayant permis à la Chine de s'ouvrir au commerce étranger, n'est pas sans rapport avec l'intérêt grandissant pour l'Europe et l'Amérique que suscitent les traditions vocales et musicales des immenses steppes de l'Asie centrale. Börte est le nom d'une des concubines de Gengis Khan mais c'est aussi et surtout pour nous le nom d'un orchestre de jeunes musiciens mongols.
Mais nos cinq compères de Börte sont des expatriés. Tous vivent en Allemagne et vivent de leur art grâce en partie de l'aide généreuse d'archicult du Kulturbüro Breunig. Grâce à cette institution, Börte a pu immortaliser leur spectacle sur CD, en 2000. Malgré un budget modeste, on a pu ainsi découvrir un ensemble capable de s'aventurer dans plusieurs territoires musicaux, dépassant le cadre traditionnel sans tomber dans la parodie, effleurant le classique, le jazz, même le rap!
Après deux ans et quelques spectacles, la quintette se sentait prête à sortir un album studio en bonne et due forme; voilà le résultat, intitulé tout simplement Börte 2. Sur cet opus essentiellement instrumental, on ne retrouve, sauf une, que des compositions et des arrangements du groupe. Le lyrisme et la facture résolument classiques des pièces ne doivent pas vous induire en erreur. Il s'agit de compositions modernes dont l'atmosphère intemporelle nous berce langoureusement et parfois nous enveloppe dans une sorte de rêve éveillé, qui est d'ailleurs le titre et le thème de la première pièce. Le chant de gorge, si caractéristique des cultures entourant l'Altaï, est présent sur ce disque; on le retrouve tout particulièrement dans le style khöömei, mais le guttural cède sa place au sifflement roucoulé beaucoup plus difficile à maîtriser, se mariant à merveille avec les jeux d'instruments à cordes. Ces instruments à cordes seraient normalement utilisés de manière percussive mais sur ce disque, la compétence, que dis-je l'expertise dont font preuve les musiciens permettent la libération de milliers de notes et de dizaines de mélodies, expertise qui rend les nombreuses improvisations dignes des grands noms du jazz d'avant-garde. N'allez pas croire qu'ils tombent dans la grandiloquence, au contraire, la musique est juste ce qu'il faut tempérée par des silences et des ralentissements bien dosées, les neuf pièces s'enchaînant si bien qu'on a l'impression d'écouter un concerto en 9 parties. Ceux qui croyaient que seuls les artistes japonais ou chinois étaient capable de réussir à transmettre une certain regard contemplatif à travers leur musique se trouveront confondus par les sonorités de Börte 2.
Börte évolue bien et s'il continue à progresser dans cette veine, on le comptera parmi les grands orchestres de musique néotraditionnelle de ce monde. Laissons fleurir cette nouvelle pousse qui a abouti si loin de sa contrée d'orgine où ciel et terre se fondent à l'horizon. Les nouveaux Mongols sont maintenant partis à la conquête des coeurs. Excellente stratégie jusqu'ici : ils tentent de passer par nos oreilles...
phononote : {~~~~~~} ou 9/9
Site web de Börte
Site web de l'office d'architecture et de culture Breunig