Deux ans après la sortie de leur premier album, le groupe-phare de la défunte association GeneX/CHOI fm qui gueula le slogan "Liberté" lors du festival éponyme semble maintenant vouloir montrer son côté plus "mûr", avec, selon ce que l'on s'est fait dire, un répertoire plus "assuré" et quelques ballades.
Le disque démarre avec "Que tombent les rois", un punk rock suranné abondant de fausses rimes et de leitmotivs du groupe (le gouvernement est menteur, vive la liberté, il y a trop de lois, on fait ce qu'on veut, on va s'occuper de tout chambarder, venez nous rejoindre on va avoir du fun en même temps). Cette pièce donne donc le ton de tout l'album, soit celui d'une bande de trentenaires adolescents attardés qui n'ont pas su (ou pu) évoluer, car on ne constate ici aucune évolution par rapport au premier album, déjà très médiocre.
Grossière indécence continue la litanie, il paraît qu'il y a un clip pour l'appuyer et ce serait logique puisque c'est une chanson très radio-friendly avec son lot de na-na-na-na beatlesques. On voit que la créativité n'a pas été le fort du groupe pour l'album précédent et que ça ne l'est pas plus pour cet album.
Avec la troisième chanson, Peur de rien nous montre les Pistolets entamer un nouveau paradigme : le hard-rock des années 1980, grâce à un ton quasi Def Leppard à la guitare principale (rappellant à la fois Pyromania et High n'Dry.
Pour Je suis fou, une tentative extrêmement maladroite de récupérer les textures de Bad Religion ainsi que des autres groupes des premières influences de l'ex-guitariste de Pénélope, mais pour faire du punk-pop il faut des 'chops' et pour cette chanson, les Pistolets n'en ont pas.
On approche le fond du baril avec la power-ballad Antony, qui démarre sur un riff de guitare acoustique piqué sans vergogne de l'intro de Welcome Home/Sanitarium de Metallica. Ça dégénère encore plus par des glissandos que Edge aurait pas renié, mais le fond est véritablement touché avec Le printemps frappe, une chanson entièrement acoustique, folk/country vantant les mérites de la campagne. Le ton guilleret pourrait avoir été pris au second degré mais les filets de voix en back vocal et la constance des paroles nous fait comprendre que le groupe assume finalement sa vraie nature, celui d'un groupe country-rock du même acabit (et aussi fade) que Noir Silence, mais en moins jeune et en moins mignon.
On revient dans le punk-pop avec Le roi des fumiers, histoire de ramener un peu d'humour dans cette soudaine trop grande prise au sérieux; le pattern pourrait être évident : les chansons sérieuses sont lentes, acoustiques et "travaillés"; les chansons pipi-caca-poil sont rapides, distorsionnées et "bâclées". *bâille* La preuve, une autre power-ballad vient contrebalancer l'envolée précédente, avec une litanie sur "la société décrissée" dans laquelle on vit, mais pourtant la suivante Seul maître à bord, digne du power metal de troisième ordre des années 1980 (Pretty Maids, par exemple) déborde d'indignation qui frise le ridicule à un rythme effréné, pour se briser sur une mauvaise interlude de guitare.
Finalement, après des chansons aux riffs archi-éculés et des paroles vides de poésie comme Le bonheur ("le bonheur c'est-tu kekpart, au sud au nord, c'est-tu de la marde, c'est-tu kekun, c'est-tu ketchose ou ben une joke") ou les insignifiantes Ma truie (une autre ode à la campagne?) et l'affreusement plate Le jour et la nuit on se demande comment le groupe a réussi à passer à la radio, outre que par les mécanismes des quotas. Alors on regarde le disque et on se rend compte qu'ils sont non seulement poussés par une maison de disque mais aussi qu'ils sont subventionnés par deux paliers de gouvernements (fédéral et provincial)...
Le titre Sans foi ni loi devient un espèce de manifeste hypocrite si on tient compte des infos sur le CD lui-même et de la propension des Pistolets à suivre avec rigidité les lois maintenant bien établies du business de la musique.
Pour autant de médiocrité musicale, oserais-je pour la première fois accorder une note de 0 à un artiste?
Eh oui. phononote : 0/12
Posted by phonono at July 15, 2006 07:58 AM