L'égérie du néo-country urbain nous avait fait grâce de ses aventures musicales jusqu'en ce printemps de 2005. Voilà que Mara, maintenant rendue un peu plus meudame que midinette, plus maman que fanfan, nous propose un rendez-vous avec un côté plus 'soft' de sa personnalité. On m'avait averti que la "studio gimmickry" était au rendez-vous mais Mme Tremblay n'aurait pas plus mal tomber.
Avant que je me lance dans la critique de son nouvel opus, sachez que le problème principal avec Mara Tremblay, élément qui revient à chaque fois qu'elle fait irruption dans une conversation à propos de musique "québécoise", c'est sa voix. Mara est une excellente musicienne. Tous les instruments à cordes qu'elle joue, elle les joue très bien. Avec un violon, une mandoline, une guitare ou un banjo (je sais pas pour ce dernier, mais j'imagine) Mara est une artiste hors pair. Elle brillait dans les Frères à ch'val, a agrémenté les sonorités des Colocs et pimenté les soirées des Maringouins et, seule, elle fait du bon boulot sur la six-cordes... non le problème c'est lorsqu'elle décide de vocaliser. Les méchantes langues diront qu'elle chante mal, moi je dirais seulement qu'elle a une gamme un peu réduite. Pour Le chihuahua et même Papillons, le ton nasillard et toujours un peu à côté se mariait honnêtement aux minauderies et aux chansonnettes un tantinet goguenardes.
Pour Les nouvelles lunes, Mara a malheureusement tombé dans le piège du "fettering"; grâce à la magie du studio, sa voix devient douce complainte, une surette enrobée de nombreuses couches de caramel, de sucre et de miel stéréophonique. On se retrouve avec l'envie de poser la question "Où est donc passée Mara Tremblay?" mais surtout la désagréable impression que Mara annonce à tout le monde "oui, oui, j'ai pas une belle voix mais là ça va être vraiment super..." ce qui est bien dommage.
Par exemple, pour la pièce Les démons, la voix de Mara est tellement travaillée en studio qu'on croirait presque entendre Marie-Michèle Desrosiers. Sur La tranquilité, la voix de Mara suit les lignes de piano, ce qui aurait pu donner un effet intéressant mais il y a tellement d'écho que ça gâche le résultat. Pour Tu es là, une pièce davantage country, on retrouve un peu le genre de vocalise qui s'approche de la signature Mara, mais les choeurs viennent brouiller la sauce. L'eau de tes larmes est tellement sirupeuse, je ne serais pas surpris si quelqu'un me dirait l'avoir entendue dans un poste comme Cité Rock Détente. Mais la plus atroce est sans conteste Les vieux sentiers, où Mara Tremblay s'est définitivement éloignée de Patti Smith et Kristin Hersh pour se retrouver dans le terrain défriché jusqu'à la roche par Mireille Mathieu. Le choeur d'église vient planter le dernier pieu dans ce zombi musical, histoire de bien nous rappeler que c'est effectivement une horreur.
Heureusement, Mara se rachète un peu en nous envoyant une ballade country potable comme Poussières, une minauderie apprêtée à la typiquement Mara, Douce Lueur, et une pièce plus éthérée qui vogue dans les mêmes eaux que le navire majestueux Taïma lancé le printemps dernier.
Même dans l'instrumentation, les petites pointes "d'innovations" deviennent des agacements qui nous inspirent à arrêter le rayon laser de lire cette galette.
La timbale dans Les démons, la trompette dans Tu es là, le solo de violon qui ressemble à un solo de guitare dans L'eau de tes larmes... le plat qu'on nous a cuisiné est non seulement fade et re-réchauffé mais les épices ont été mal dosées.
L'on ne peut finalement se rabattre que sur Le voyage, la seule pièce instrumentale du disque, pour nous offrir enfin quelque chose de gratifiant pour les oreilles, une morceau vaguement d'ambiance chinoise qui n'est pas sans rappeler la pièce Mao Reminisces About His Days de Camper Van Beethoven, sur l'album Telephone Landslide Victory (paru il y a 20 ans déjà...)
Si Mara pouvait nous donner un album au complet de pièces instrumentales comme celles-là, alors là, il y aurait de quoi ouvrir grand ses oreilles. Mais au lieu de cela, l'artiste est devenue matante comme des tas d'autres chanteuses québécoises avant elle.
phononote : 4 / 10
Posted by phonono at May 29, 2005 10:16 PMCa fais mal aux yeux la font que tu utilises... vraiment. Je n'ais pu lire au complet à cause de ca.
Posted by: sdfsdf at June 8, 2005 02:43 PM