April 22, 2005

{~} Earplugz .:. Wedding Present - Take Fountain {~}

Pour ceux qui ne connaissent pas les années 1980 de manière directe mais plutôt par l'entremise de vagues souvenirs ou de groupes qui tentent le même faux-romantisme que bien des orchestres rock avaient préconisé pour les années 1970 il y a 10 et 15 ans, Wedding Present se classe parmi des meilleurs groupes pop britanniques de tous les temps, avec XTC, Love et The Go-Betweens. Pour leur plus récent album, WP a fait appel aux services de Steve Fisk, le même réalisateur que pour un de leurs meilleurs opus, Watusi, paru il y a déjà 11 ans. Ce retour permet au moins, sans recapturer la magie de ces instants, de donner une impression de continuité à un groupe qui a connu une carrière plutôt mouvementée (formation instable, changements incessants de maison disque, de réalisateurs).

La première pièce de l'album fait démarrer en lion un groupe qui s'était éclipsé en chaton. Tous les ingrédients qui ont fait de Wedding Present des artisans chevronnés de la pop occidentale bien envoyée sont réunis à nouveau, Interstate 5 brille par sa simplcité désarmante de cavalcade guitaristique nerveuse et ce même si elle se termine par une saynète digne de Ennio Morricone (Gedge n'en démord pas de ses années soixante).

Les mêmes accords harmonieux décorés en contrepointe par un picking nerveux en avant-plan sur Bizarro (1989) autrefois appuyé par Petr Slowodka (aujourd'hui leader de The Ukrainians) reviennent sur la pièce Always The Quiet One. L'orgue subtil et l'harmonie vocale de Terry, la bassiste, sont les seuls éléments qui détonnent d'un morceau digne des meilleurs moments de Wedding Present.

I'm From Further North Than You instille quant à elle les premiers moments guillerets et tranquilles de l'album, cependant que David Gedge ne peut s'empêcher de déchirer doucement cette tranquille trame de sa guitare acérée. Jusqu'ici, Gedge ne renie pas son passé mais n'ose pas revenir aux stratégies privilégiées dans son projet Cinerama.

Malheureusement Mars Sparkles Down On Me s'avère encore plus tranquille, évoque des pièces de Watusi mais surtout de Saturnalia et l'ajout d'une subtile violoncelle (jouée par Lori Goldston) ne rajoute pas grand chose à l'atmosphère de pop vaguement sixties, le fétiche de Gedge (qui avait donné libre cours avec son ancien groupe Cinerama), au tempo lent et faussement langoureux.

Sur Ringway To Seatac, la percussion devient enfin intrigante, et les deux guitaristes laissent un peu de distorsion colorer une pop acidulée franchement digne de Wedding Present et même que la basse de Terry peut partager quelque peu les invectives à cordes avec la batterie, comme Terry répond aux vocables (ou aux douces invectives vocales) de Gedge.

Don't Touch That Dial évoque Seamonsters de par son départ lent et doucereux qui laisse lentement place à des guitares agréablement distorsionnés à mesure que l'histoire d'amour que Gedge raconte connaît des ratés. La chanson elle ne connaît aucun raté et vient effacer les appréhensions qui s'agitent encore à cause de la 4e pièce. Le dosage des guitares et la percussion, assourdissantes ou feutrées, de même que les vocalises (encore double Gedge/De Castro) est juste bien calibré pour l'auditeur. Un sublime six minutes.

It's For You est sans conteste une des meilleures pièces de l'album, démarrant sur des accords de basse distorsionnés et conjurant les fantômes relégués au placard après Bizarro par Gedge. Ici on a droit à la guitare la plus lancinante et au jeu de batterie le plus énergique de l'album (merci à un finlandais du nom de Kari Paavola. Non sans blague ils sont partout ces Finns), sans toutefois oser un retour en arrière trop grand, c'est-à-dire tomber dans l'auto-pastiche. Le thème de la chanson représente également un délice pour les amateurs de Wedding Present des tous débuts, tandis que la voix de Terry se fait beaucoup plus subtile.

L'esprit de Watusi est réinstitué pour la tranquille Larry's, une complainte de Gedge accompagné de sa seule guitare jusqu'à ce que le reste de l'orchestre vienne ponctuer deux fois de relents doo-wop (avec des aaah-aaah de Terry à la fin) une pièce pas très mémorable finalement.

Queen Anne est tout aussi sirupeuse avec ses violons, malgré des accords de guitare acidulés qui percent cette trame un peu "sixtiesante"; on approuve jusqu'à ce que Gedge y aille encore remettre de sa sauce Morricone, à l'instar de la première pièce. Perfect Blue est pareille sauf qu'en plus on a droit à une pastiche de Doris Day (jouée par Terry De Castro) et la grandiloquence des violons, des envolées de batterie et de quasi-symphonie pour clore un album que Gedge, finalement, ne pouvait s'empêcher de ramener. Les faux plis sont plus difficiles à cacher en vieillissant, coudonc.

Donc, Take Fountain est un retour honorable d'un chanteur/guitariste aux talents honorables de compositeur pop dans un univers où le rétro 80 fait preuve d'une amnésie sélective à ce que le milieu et la fin de cette décennie pouvait offrir de stimulant. En conséquence, il s'agit davantage du constat que Cinerama n'était pas un véhicule adéquat de créativité pour Gedge que d'une faible tentative d'artistes vieilissants pour s'attirer la manne qui tombe sur les artistes enclins à citer sans vergognes les maîtres de la pop façon eighties. Si cela avait été le cas, Gedge se serait attiré les services d'un producteur qui aurait tenté de ramener sur le tapis des arrangements de l'époque de Tommy ou de George Best. Rares sont les reformations qui réussissent à nous faire oublier les erreurs passées. Take Fountain aura au moins le mérite de nous faire (re)découvrir une autre facette de Gedge que Cinerama ou Wedding Present époque Saturnalia (1996).

Pour ceux que ça intéresse, la version nord-américaine (Canada et États-Unis) sur Manifesto est seule où figurent deux vidéoclips, pour Interstate 5 et I'm Further North Than You.

Phononnote : 5,5/10

Posted by phonono at April 22, 2005 10:32 PM