Les Jolly Jumpers ne sont pas pressés de trouver leurs chansons. En fait, elles sont là, elles les attendent depuis toujours et le groupe n'a tendre l'oreille pour capter leur essence et les transmettre sur leurs instruments.
Le trio qui compose Jolly Jumpers depuis le tout début en 1980 est toujours resté le même, le guitariste et chanteur Petri Hannus, le batteur Keijo Pirkola et le bassiste Marko Leuanniemi. Depuis quelques temps un nouveau joueur fait partie de l'équipe, Arimatti Jutila, guitariste et ex-Flaming Sideburns, mais il ne paraît pas sur l'album. Rauno Härönen joue la deuxième guitare sur deux pièces : One Love et Catskills Rock.
Ce nouvel album ne diffère pas subtantiellement de Ruis, le précédent (paru en 1998 sur Bad Vugum) ni en fait de tout ce que JJ ont fait depuis le début. Si Tyrnävä (du nom de leur village natal) demeure leur album surpassé, leur plus récent reste parmi des albums à se procurer, pourvu que l'on ait un penchant pour les orchestres vieillissant mais puissants comme Neil Young & Crazy Horse.
Hometown HiFi est somme toute un "road CD", une aventure cinématique où la translation s'opère par à-coups, les vertus se découvrant près chaque arrêt de chanson, lorsqu'on découvre chaque fois une modulation sur le thème de la destitution, de l'isolement, du désenchantement. Chaque pièce est un conte au coin du feu mais contextualisé sur la banquette d'une vieille bagnole (vous savez, le genre indestructible fabriqué dans les années 1948 à 1954) qui explique l'histoire qui précède. Linéaire sans devenir lassant, l'enchaînement des pièces nous permet de suivre le road CD sans s'inquiiéter des arrêts, des accélérations, ou des ralentissements
Pittsburg Paranoids donne le ton de l'album tout en empruntant à 22 Pistepirkko (22 coccinelles, un groupe issu de la même région que JJ) l'atmosphère sixties souterrain, bien que cela leur sied aussi assez bien. One Love est une ode à la pérénnité si recherchée autant chez une automobile qu'auprès d'un partenaire de vie... Please be my driver, I'll be your co-pilot Conduis-moi sur des chemins moins fréquentés.
Jolly Jumpers pourchasse les mêmes démons que Gun Club avait réussi à capturer il y a plus d'une vingtaine d'années mais en misant plus sur le shuffle dévastateur que sur la tradition du Delta Blues et des shouters.
The Blackbird and the Cuckoo s'avère une complainte/ballade comme seule Jolly Jumpers peut concocter. Avec le même charme que 22 Pistepirkko (imparfaite maîtrise de l'anglais), les yippy-yay sonnent l'impitoyable glas telle la célèbre murder ballad si chère à Nick Cave.
Catskill Rock est une cavalcade Doorsesque ponctuée d'un duel de guitares (Rauno Härönen s'arme de la deuxième six-cordes) agrémentant un paysage vaguement roots-rock, ce dialogue distorsionné sur fond de vrombissement épique surplombé d'éclats de notes faisant office de décor scintillant, héâtre idéal de l'introspection.
Amazon et Elite, quasi-Cramps, sont davantage de l'acabit de nos chers Jolly Jumpers. Deix pièces instrumentales annoncent un côté encore plus lugubre. La guitare d'elite, surdistorsionnée tangue sur un surfbeat jouée par des zombis ivres et goguenards
The Matrix, "agrémentée" de son xylophone, rappelle Sharkmeat de Girls Against Boys (autres chantres des journées
1000
glauques) enveloppant l'auditeur d'une voix ténébreuse inquiétante avant le paroxysme guitaristique. Desert Rose emprunte quelques clichés à These Immortal Souls, la section rythmique peignant des tableaux à la Ennio Morricone, puisque la guitare électrique est contrebalancée par des accords de piano empruntés à un Western spaghetti ayant pour cadre une ville fantôme.
Catskills Crash clot l'album en reprenant la cavalcade Doorsesque de Catskills Rock, mais avec une guitare sèche en guise d'introduction, laissant l'auditeur avec une instrumentation dépouillée dont les mecs de JJ ont une maîtrise inégalée.
D'ailleurs, il s'agit un des points faibles de l'album, puisque le road-CD marque alors une sorte d'étrange recul et du coup trivialise la première "version" du motif exploré. On aurait aimé au moins une pièce chanté en finnois comme sur Ruis... En résumé, Jolly Jumpers nous offre un album digne de leur nom et dont les instigateurs du style pourraient être fiers.
phononote : 7/10
Site Web de Jolly Jumpers
Posted by phonono at April 10, 2005 10:21 PM