Metallica a eu son album noir éponyme, Apocalyptica, afin de pousser le processus de mimétisme jusqu'au bout, a cru bon de publier un album éponyme, encore une fois dépourvu de reprise mais aussi encore dépourvu d'un quatrième membre.
Ainsi les trois violoncellistes infernaux publient un sixième opus dont la principale caractéristique est de combler le vide causé par le départ forcé du quatrième abuseur d'archet en appelant les services d'un tambourineur de premier ordre, exactement comme sur l'opus précédent, Reflections.
Cette fois-ci, Dave Lombardo n'apparaît que sur une des pièces, Betrayal/Forgiveness, le reste du matériel étant enveloppé du jeu tourbillon de Mikko Sirén. Derechef, le côté symphonique d'Apocalyptica s'estompe pour donner plus de jeu à l'aspect métal. En fait, le groupe pousse encore plus loin la recontextualisation du stéréotype rock (guitare-basse-batterie) en encapsulant deux pièces de l'album dans une structure pop-rock, Life Burns! et Bittersweet, propulsée encore plus loin de l'esprit symphonique par les maniérisme vocaux de Lauri Ylönen (The Rasmus) et Ville Valo (HIM), les deux figures emblématiques du succès rock hors des frontières de Finlande. Ces deux chansons auraient dû figurer sur des CDs à part, mais le virage pop a été inéluctable du moment qu'Apocalyptica faisait appel aux services de chanteurs pour des simples tirés de Cult.
Néanmoins, l'album souffre moins de l'incohérence de Reflections. Eicca Toppinen reste le chef d'orchestre du projet et, si parfois les chansons se ressemblent étrangement l'une l'autre, quelques-unes se démarquent remarquablement bien du lot. Quutamo fait bonne figure, malgré une prudence évidente côtés arrangement -- simples et solo de violoncelle au milieu par Toppinen. Avec des percées de métal du type thrash années 1980, par exemple, comme cette Fisheye où les envolées de batterie n'empêchent pas les violoncelles de tisser une trame serrée, Apocalyptica montre qu'il est encore capable de relative agressivité. Les meilleures pièces par contre demeurent celles où Pekka Kivilaakso participent à la composition. L'excellente Farewell, grandiloquente dans ses arrangements symphoniques, aurait pu être dépourvue de batterie que le son n'aurait pas été moins puissant. Fatal Error recycle très bien les clichés de Metallica (au lieu de les réintepréter à la lettre), et Betrayal/Forgiveness réinstaure quelques petites expérimentations controuvées datant de Armaggedon, par exemple l'utilisation du frottement de l'archet pour produire les grognements normalement produits par les vocalistes du genre "death". Lombardo brille une fois de plus par son talent et se mêle admirablement bien à la tornade de violoncelles, avant que le tout revienne dans le symphonique quelque peu mièvre.
Ruska, malgré sa dubitative ressemblance à Quutamo, demeure invitante grâce au piano et à la plus nette distinction des cordes, stratégie encore mieux déployée sur la dernière pièce, Deathzone.
Pour ceux qui n'auraient pas encore pu se procurer l'édition limitée du CD (en version jewel box ou digipak), contenant le "bonus material", sachez qu'il s'agit en fait de trois versions de Quutamo, bonifiées des voix de deux chanteuses, Emmanuelle Monet du groupe francais Dolly pour En Vie et Marta Jandová pour How Far et Wie Weit; cette dernière a écrit les paroles des versions anglaise et allemande. On a aussi accès à un vidéoclip et un logiciel particulier.
Donc, rien de bien intéressant pour l'édition limitée qui justifie son achat.
Bref, cet album, bien qu'inférieur à Cult demeure meilleur que Reflections.
phononote : 6/11
Posted by phonono at February 12, 2005 12:54 AMPff cet album est ma foi un chef d'oeuvre! Dans son ensemble, cet album est premièrement le meilleur pour faire l'amour. Et Ruska?! Mon père, fanatique de musique, dit qu'il n'a jamais entendu autant de beauté dans une pièce de 4 minutes, bref de toutes les chansons qu'il n'a jamais entendu, il la classe dans son top 5. Et mon père c'est pas un mangeux de marde, il s'y connait dans le domaine. Peut-être pas dans le metal d'aujourd'hui, mais pour le reste...Quant à moi Ruska m'arrache des larmes à chaque fois que je l'écoute sur ses JBL. Bittersweet et Life Burns! ont peut-être une petite touche pop mais reste tout de même des chef d'oeuvres, tant pour les notes que pour l'émotions qu'elles dégagent.
Posted by: Leather Pleasure at May 11, 2005 09:11 PMChère Leather Pleasure, quels sont les éléments et conditions qui définissent une production artistique comme chef d'oeuvre? Pas seulement d'un point de vue émotif mais aussi esthétique, historique et musical? Également, en étant relatif, un chef d'oeuvre par rapport à quoi? Les autres disques du groupe? Les autres disques du même genre? Les autres groupes rock? Les autres artistes musicaux point?
Apocalyptica reste cantonné dans la direction qu'ils se sont donnés après Cult alors qu'ils auraient dû extrapoler la veine découverte à partirde Cult, c'est-à-dire le métal symphonique exclusivement sur violoncelles et conserver les reprises et versions avec paroles sur des CDs extra ou CD simples.
Quelles émotions dégagent les chansons Bittersweet et Life Burns qui font d'elles des "chefs d'oeuvre"?
Posted by: phonono at May 12, 2005 11:48 AM