Quinze ans après la parution de l'album éponyme de Mudhoney, un des instigateurs du style grunge issu du Nord-Ouest des États-Unis, la maison de disques Subpop prend sous son aile un des fers de lance de l'acid-punk, les déjantés Comets On Fire. Ces énervés ont déjà fait paraître deux très bons albums, dont leur premier seulement en vinyle sur Alternative Tentacles.
Appuyant leurs riffs infernaux sur des lignes de batteries partant dans tous les sens, Comets On Fire projette ce chaos de bruits dans une dimension psychédélique en déformant la moindre réverbération à l'aide de l'échoplex.
Sur Blue Cathedral, le groupe s'est procuré le luxe d'un orgue Hammond qui vient amplifier les multiples couches de distorsions, peignant une orgie de couleurs et de textures, électrocutant l'auditeur à la mince frontière distinguant le plaisir de la douleur. Blue Cathedral, c'est un monstre Frankenstein, une créature issue des morceaux ressuscités des 13th Floor Elevators, MC5 et Blue Cheer. Le premier jam, The Bee and the Cracking Egg, nous fait décoller dans les hautes sphères du déchaînement distorsionné, une fusion de lignes de basse, de guitares pychédéliques et de voix modulée par echoplex, rythme trépidant qui ralentit pour nous laisser planer un moment, utilisant des timbres sur le The Cult de l'ère Dreamtime puis reprenant les riffs endiablés du début.
Dès les premières secondes du deuxième jam Pussy Foot The Duke, nous sommes propulsés presque 40 ans en arrière, l'orgue en avant-plan, plutôt farfisa, superposant des riffs rhythm&blues sur des lignes de guitares acid rock, la batterie marquant parfois en contretemps des coups de caisse claire syncopés, Uzello Kushner, l'émule de Keith Moon, émondant sur plusieurs niveaux ses cymbales, inondant le groove pour lui donner vigueur; puis, après cette minauderie fantasque pendant 30 secondes, on a droit à un blues rock digne des grands, avec multiples solos inachevés. Permutations de cette combinaison pendant 5 minutes, ponctuées d'accords de piano modulé comme une cascade intermittente.
Whiskey River commence avec une introduction plutôt Doors qui se transmute en Sonic Youth ère Goo/Dirty, émulsifié de forces vocalises catastrophées par echoplex pour conjuguer une fois de plus les Motor City 5. Puis l'orgue devient l'instrument rythmique, appuyant la basse, tandis que les guitares s'échangent les besognes de soli longuets ou d'acoustique pianotées.
Histoire de nous faire languir un peu, l'orgue prend encore un peu l'avant plan, accompagné du piano, tandis que quelques traits de guitare lancinante et mélancolique l'atmosphère, sur Organs
Antlers Of The Midnight Sun, légèrement plus alambiquée que les deux premiers jams, traite l'auditeur moins modestement, en zigzaguant plus savamment mais moins posément, en ajoutant le saxophone trituré de Jim Dacy sur des frénésies bien Comets On Fire, les guitares luttant contre l'echoplex dans un déluge de batterie en furie. On retrouve une fois de plus l'orgue farfisa de Pussy Foot The Duke avec les mêmes timbres recombinés cette fois et l'ombre de Pink Floyd (ère Saucerful Of Secrets) plane en arrière-plan.
Wild Whiskey s'avère une ode tranquille pourvue de percussions sur petits tambours, bâtie sur une progression à la guitare acoustique soutenue par deux lignes de guitare électrique couleuvrisantes.
Le disque se termine sur un acid-rock plus bluesé, plus inspiré cette fois de Led Zeppelin. Cette pièce est la moins inspirée de l'album, même si les textures sont beaucoup plus nuancées par le néo-psychédélique réécrit par les orchestres des années 1980-1990 comme Das Damen ou encore Love Battery, et que la fin offre un peu plus de feedback.
En résumé, un disque moins sauvage que les deux précédents sans toutefois perdre du panache, une tentative réussie d'incorporer d'autres sonorités à leur assaut sonique, explorant le paradigme psychédélique avec brio en lui insufflant l'énergie post-punk là où d'autres ont échoué.
Posted by phonono at December 30, 2004 01:24 AM