Nouveaux chéris du métal mastoc et des hocheux de têtes hystériques de l'Amérique en manque de nouvelles idoles en fer forgé, Mastodon en a surpris plus d'un il y a deux ans avec un solide Remission, qui avait même intéressé les rockers matheux et les amateurs de Queens Of The Stone Age un peu gênés par les quelques chansonnettes proprettes où Josh Homme troquait son gueulage contre le crooning enfumé de Mark Lanegan (ex-Screaming Trees).
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Mastodon, ce quatuor de Géorgie (l'État américain, pas la nation indépendante contrôlée par les Américains), imaginez un instant si Don Caballero, Trouble et Kyuss tenaient un symposium sur la musique pesante et agressive. Mastodon est loin de réinventer la roue mais à la différence des autres bandes de hévé métalleux dont les prouesses techniques sont à l'honneur, ils savent tenir un "groove" du début à la fin.
Et cette différence est de taille... éléphantesque. Remission avait été enregistré sous le signe de la violence extrême et inattendue, tandis que Leviathan donne davantage dans le houleux et l'orageux. Album-concept sur le classique de Herman Melville, Moby Dick, Leviathan nous plonge (jeu de mots inintentionnel) dans un déluge de riffs et de roulements de tambour dont la vitesse d'exécution, quoique variable, ne manque pas de nous bousculer et de nous bringuebaler au gré des vagues successives de chaque pièce, nous faisant enfin échouer sur les rives de la tranquilité de la conclusion, deux (power)ballades. La production de Matt Bayles est aussi impeccable et la collaboration de Scott Kelly, de Neurosis, transparaît sur quelques pièces.
Le disque se lit-il en parallèle avec le célèbre roman? Pas vraiment. Il s'agit plutôt de capsules traitant de sujets et d'aspects qui intéressent les musiciens réinteprétées par ces derniers. Avec cet élément en tête, Leviathan s'avère davantage un exercice de style qu'un véritable album-concept. Mais cet exercice de style, sans crier au génie, donne quand même de très bons résultats. L'album démarre d'ailleurs superbement avec Blood and Thunder, réussissant à faire passer un riff de guitare désuet (pour ne pas dire cliché) en l'appuyant de contretemps et de riffs de batterie mitraillés comme seul Brann Drailor peut le faire. Neil Fallon (Clutch) crie aussi sur cette pièce. Le le ton de l'album est donné. Avec I Am Ahab, on a droit à plus de nuances mais un jeu de métal progressif que l'on avait pas entendu, ma foi, depuis Master Of Puppets, avec en prime envolée de guitares clin d'oeil au stoner rock. Seabeastinstaure une nuance différente des précédents albums, en enchevêtrant une guitare non-distorsionnée et laissant cette fois le deuxième vocaliste du groupe, le guitariste Troy Sanders, prendre la relève, rappelant un Dave Mustaine sous son meilleur jour. Le jeu de guitare est, pour une fois, vraiment brillant, complétant avec brio la dynamique de la section rythmique. Avec Ísland on replonge immédiatement dans le chaos, cette fois compressant les accents boogie et réussissant à les téléscoper dans une cascade malaxée par Drailor. Iron Tusk, sans conteste la meilleure pièce de l'album, reprend le paradigme laissé par Trouble au milieu des années 1980 en triturant la guitare vaguement "doom" et "stoner" d'entourloupettes rythmiques, sur une basse bien enroulée autour d'un double grosse caisse frénétique digne d'un marteau-piqueur en crise d'épilepsie. Megalodon commence comme une ritournelle math rock, qui se fait aussitôt écrabouiller sous les notes vocales du bassiste. Quelques accents southern boogie ponctuent un rythme galopant (quand ce n'est pas une ligne de guitare carrément country) qui nous malmène comme un bouchon de liège sur une mer déchaînée jusqu'à la fin comme de rares artistes (ex. Today Is The Day) peuvent le faire.
Naked Burn est un peu décevante, ses accents southern rock plus à l'avant-plan, avec des riffs pesants à l'imagerie un peu éculée et des ponctuations guitaristiques/vocales double-rétroactives à la Voïvod. La guitare acoustique et le jeu de batterie époustouflant de Brann Drailor fait démarrer la pièce suivante, Aqua Dementia à la Damon Che (Don Caballero). Aqua devient vite une caricature hardcoresque, (Scott Kelly, qui appuie la partie vocale, retombe en adolescence "Neurosis"), pour revenir de temps à autre à du riffage Trouble-esque. Les deux powerballades sont les points faibles de l'album. Hearts Alive non pas à cause de sa longueur digne des épopées apocalyptique de Neurosis (13 minutes) mais parce que les motifs explorés s'avèrent des répétitions des pièces précédentes du même album. Joseph Merrick sonne trop comme du Deep Purple pour sauver la mise.
Pour ceux qui comme moi réussiront à mettre la main sur le CD édition limitée, c'est-à-dire avec DVD, celui-ci contient en fait des versions dolby surround 5.1 de pièces de l'album précédent Remission ainsi que certains morceaux enregistrés en spectacle. Le visuel que je suis aurait bien apprécié un vidéoclip ou deux mais cette petite pointe de déception doit certainement être causée par l'impossibilité pour moi d'écouter mon DVD en surround...
phononote : 7,5/10
Posted by phonono at December 17, 2004 02:26 PM