Parmi les groupes qui savent se faire oublier juste assez pour se faire attendre, je crois que Rammstein remporte la palme. Quatrième album de cet ensemble allemand qui a fait un tabac en Europe en 1995-1996 et en Amérique du Nord en 1998 (avec le quasi disco Du Hast, qui a détrôné Enter Sandman à titre de chanson métal la plus dansée dans les discothèques), Rammstein évolue sur le paradigme bien établi du techno-métal, offrant un disque tout en allemand, comme Mutter (2001) et Herzeleid (1995).
Il s'agit encore d'un concept central développé sur tout le disque, après les Maux de coeur, l'Ennui, la Maternité, voici les Voyages.
Cela dit, Rammstein, malgré ses grosses guitares et sa batterie martelante, ne plaira pas autant aux amateurs de métal. Non, je crois qu'il plaira davantage aux fans de pop ou de techno. Des guitares moins incisives, moins carrés, de la guitare acoustique, une rythmique toujours aussi simpliste. Pour ceux qui ont à coeur Rammstein de Sehnsucht, les éléments les plus intéressants sont les claviers plus noisy (comme sur Moskau, où Till est accompagné par une complainte en russe, ou Reise, Reise) la voix plus travaillée, sur une de mes préférées de l'album, Mein Teil - On dirait un remix par KMFDM d'une vieille chanson de Marlene Dietrich jouée au 16 tours - ou encore la cadence saccadée de Keine Lust, qui enveloppe progressivement l'auditeur de riffs hoquetés.
Moins grandiloquent que Mutter mais pas aussi comique au 3e degré que Sehnsucht, Reise, Reise est un effort honorable d'un groupe qui fait de la musique pour le plaisir et non pas pour innover ou transcender toutes sortes d'émotions. Pour ceux qui comprennent l'allemand oui qui vont se forcer pour comprendre entendront quelques boutades cyniques contre plusieurs points du globe. Cherchez les références...
Les points faibles de l'album sont la chanson Morgenstern, qui sonne comme si n'importe lequel groupe de nü-metal avait décidé subitement de chanter en allemand (la cadence militaire et le choeur lui font échapper un tant soit peu à la forme), et les trois ballades regroupées à la fin de l'album... une aurait amplement suffi... La véritable innovation du groupe, si c'est ce que l'on recherche, se manifeste en fait sur le simple Mein Teil, où l'on trouve deux versions de la pièce remixée par les Pet Shop Boys. Si le disque avait eu en prime le clip "Amerika" je lui aurais donné un point bonus.
phononote : 6,5 sur 11
Posted by phonono at November 16, 2004 04:08 AM